Pierre Duchesne ou les grands défis du ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie.

Par Kohorte Stratégies le Jeudi, 27 septembre 2012

Pierre Duchesne ou les grands défis du ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie.

Par Carl Charest

Voilà Pauline Marois qui s’inspire de ce que font la Tunisie et la France en matière d’enseignement supérieur, de recherche, de science et de technologie. Le ministre Duchesne est le premier ministre à avoir un portefeuille technologique depuis David Cliche qui était alors ministre délégué de l’autoroute de l’information.

À la seule lecture du titre du ministère de monsieur Duchesne, on comprend qu’il a du pain sur la planche à commencer par l’épineuse question des droits de scolarité. Les défis politiques et administratifs auxquels le ministre Duchesne s’attaque sont de taille.

Garder les scientifiques chez nous

De plus en plus de scientifiques quittent, soit parce que les entreprises ferment (on vient de perdre un autre laboratoire de pharmacologie à Laval, Boehringer Ingelheim), ou encore parce que les conditions de recherches sont meilleures ailleurs. Plusieurs scientifiques accusent Ottawa de ne pas favoriser la science dans ses choix et son budget. À mon avis, non seulement ces choix politiques ont des conséquences écologiques, mais il en résulte aussi d’importants impacts économiques.

Il serait malheureux que le Québec et le Canada soient victimes d’un véritable exode des cerveaux.

Garder les emplois technos chez nous

En 1997, Ubisoft venait changer le paysage du monde des affaires québécois avec la création d’Ubisoft Montréal. Ce premier développement commercial permettra au Québec de diversifier un milieu d’affaires qui stagnait depuis de nombreuses années.

S’en suivirent de nombreux programmes de crédits d'impôt qui ont permis de créer une industrie solide et diversifiée. Impact parallèle considérable, le développement de cette industrie a aussi permis de rafraîchir ou de relancer de nombreux quartiers comme la Cité du multimédia à Montréal et le quartier St-Roch à Québec.

Ce programme se termine en 2013 et ne sera pas reconduit selon ce qu’on entend dans les couloirs de l’actualité. Un programme peut légitimement prendre fin.  Par contre, quelles sont les solutions envisagées ?  Existe-t-il, sur la planche à dessin, un plan concret pour soutenir, de façon responsable et profitable, cette industrie importante ?

Toronto et Vancouver sont de plus en plus agressifs pour attirer les entreprises en nouvelles technologies. Déjà, Ubisoft s’est ouvert un studio à Toronto et le gouvernement ontarien lançait dernièrement un programme pour stimuler la production de contenus. Leurs plans visent donc les entreprises comme Ubisoft et une bonne partie de l’industrie qui donne ses lettres de noblesse au Québec.

Il faut s’assurer de ne pas perdre une industrie qu’on tient souvent pour acquise.  Selon Nathalie Collard (La Presse, 16 septembre 2012), l’industrie technologique engendre pourtant des retombées économiques plus grandes que l’industrie du tourisme, par exemple. On fait des pieds et des mains pour aller chercher un touriste à New York ou à Paris parce que c’est bon pour l’économie.   On laisserait partir sans réagir, ou pire sans s’en rendre compte, des joueurs de premier plan d’une industrie où l’on est déjà considérés comme des leaders ?

Poursuivre l’innovation technologique

La portée du Net au Québec a plafonné depuis quelques années. Après le boom des années Cliche, où le peuple québécois s’est fait financer des ordinateurs pour lui permettre de se joindre au net, il semble que nous ayons atteint une saturation selon  les chiffres du Net Tendance et aux résultats de Statistiques Canada. Pourtant, nous sommes pas mal moins branchés que l’on pense. Serions-nous plus bêtes que notre voisin du Sud ou nos cousins français qui ont maintenant une bonne longueur d’avance sur nous ?

Il est vrai que notre territoire est beaucoup plus vaste que celui de la France et que nous n’avons pas le nombre d’abonnés des Américains. Cependant, les tarifs excessifs pour les services de téléphonie mobile et l’Internet haute vitesse, couplés à la faible portée des ondes cellulaires ou de l’accessibilité à l’Internet hors des grands centres, permettent à certains commentateurs de traiter le Québec et le Canada de républiques de banane.

La haute vitesse, cet outil essentiel au développement de l’innovation et à la progression de l’industrie, ne devrait pas être réservée qu'aux seuls grands centres. Déjà, certains projets tentent de percer hors de ceux-ci. Des projets, en Gaspésie entre autres, qui permettent à des programmeurs d’applications mobiles de demeurer dans leur région au lieu de quitter pour la ville. Par contre, des compagnies comme Frima Studio et Ubisoft ont tenté d’aller s’installer en région, mais sans succès. Pour stimuler l’implantation d’entreprises hors des grands centres, il faudra une intervention rapide du gouvernement pour y améliorer l’accès au 3G  et surtout à la haute vitesse.  Parlez-en à Pascal Bérubé !

Être à l’écoute de leaders de l’industrie

Pour innover, il faut se rassembler et travailler dans une seule et même direction. Pierre Duchesne devra donc être un leader et nous guider dans la bonne direction. Il devra aussi être prêt (lui tout autant que son entourage) à écouter ce que les leaders de l’industrie ont à lui dire, même si ça risque parfois de déranger.

D’ailleurs, un groupe composé de Michel Chioini, Mario Asselin, Michelle Blanc, Sylvain Carle et Claude Malaison, pour ne nommer que ceux-là, est en train de travailler bénévolement sur un plan numérique pour le Québec. Ce plan, c’est le cheval de bataille de Claude Malaison depuis que je le connais ; je lui souhaite de tout cœur que ça fonctionne et surtout que ce regroupement soit entendu. Déjà qu’il semble que le rapport Gautrin ait été facilement tabletté, il faudra s’assurer que le ministre Duchesne entende ce que ces gens ont à dire.

Des Québécois occupent des postes importants dans de grandes compagnies américaines. On n’a qu’à penser à Patrick Pichette qui est chef de la direction financière chez Google ou encore à Sylvain Carle qui est « developer advocate » chez Twitter. Et ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres.

On pourrait aussi parler de Beyond The Rack qui est un des leaders dans son domaine, Nexalogy au niveau de la recherche dans les médias sociaux ou Virtual Paper qui permet à de nombreux journaux et catalogues à travers le monde de fournir une version numérique de leurs médias imprimés.

Bref, le « Québec sait faire » comme le disait un vieux slogan publicitaire.  Nous avons la capacité et les moyens de nos idées ; il faut simplement avoir maintenant une ligne directrice.  Un véritable plan de match.  De la vision.

Le Parti Québécois doit nous refaire le coup qu’avaient fait Lucien Bouchard, Bernard Landry et David Cliche il y a quelques années. Les défis sont énormes. Le nouveau ministre doit démontrer une ouverture et une compréhension à la hauteur des besoins de notre industrie.








Commentaire

28 septembre 2012 - Julien Lepage
Il est de toute nécessité économique d'intensifier notre marche dans ce domaine

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